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  • Photo du rédacteurFranck JUNCKER

Musicothérapie, sensorialité singulière et valorisation des possibles

L’univers et le champ d’application de la musicothérapie est vaste et j’aurais même tendance à dire presque infini. Par musicothérapie, nous entendons d’abord musique ou musicalité et si ce n’est pas un non-sens, ce n’est pas non plus aussi simple que cela. Nous parlons fréquemment d’univers, d’ambiance, d’environnement sonore traduit par toute autre média ou objet que sont les instruments. Je peux citer un exemple concret d’influence sonore sur notre cerveau comme le bruit du marteau piqueur chez notre voisin qui refait sa terrasse. Ce bruit, ce son, cette ambiance a directement un impact sur notre cerveau et par répercussions sur nos émotions et notre attitude face à celles-ci. Je pourrais même aller plus loin en y incluant les vibrations puisque ce marteau piqueur chez le voisin fait trembler ma maison et aussi ma propre terrasse où je comptais bien me reposer…


Cette introduction plus ou moins sérieuse m’amène à vous exposer ici, le cas de la musicothérapie et de la sensorialité. Comment ? Pour qui ? Pourquoi ?

A côté des enfants polyhandicapés que je suis en séances individuelles et de groupes, je me suis tout de suite posé la question de l’intérêt de ma présence. Quel impact pour ses enfants ? quels moyens utilisés ? et surtout quel intérêt à stimuler des jeunes enfants ou adolescents dont les réponses ou les réactions étaient quasi-nulles voire nulles pour certains. Si, en musicothérapie réceptive, il est toujours possible de faire passer un temps calme qui fait sortir l’enfant de son groupe et de son quotidien parfois bruyant du fait de la présence des autres qui peuvent crier ou des potences dont les machines « sonnent » en permanence, nous atteignons rapidement les limites de la méthode… à première vue…


Concernant la musicothérapie active, si certains enfants peuvent saisir des objets, les explorer, les toucher, les sentir, ils ne les investissent que très rarement en tant qu’objet sonore musicale. Le piano ou le djembé ou même un petit set de clochettes sont bien souvent un objet de décharge émotionnelle. Et c’est ici que la porte s’ouvre…

Impossible pour elles et eux de dire je suis triste, joyeux, j’ai peur, j’ai mal… la verbalisation est impossible et le dialogue ne s’ouvre qu’avec des onomatopées ou des vocalises dont les nuances sont souvent « forte » plutôt que « piano ou mezzo ». C’est donc en singularité, dans le regard et avec si peu que nous faisons pourtant beaucoup.


L’exemple de Sophie (le prénom a été volontairement changé)

Sophie a 9 ans et souffre du Syndrome de Rett.

Le syndrome de Rett est une maladie rare qui altère le développement du système nerveux central (SNC). Il se manifeste par une régression rapide des acquis après 6 à 24 mois de développement normal. Les petites filles malades (car seules les filles sont touchées par ce syndrome) ont une déficience intellectuelle sévère et présentent des complications multiples, dont des troubles respiratoires et cardiovasculaires.



source INSERM : l’article complet ici :


J’ai reçu pour la première Sophie dans son fauteuil. Bien qu’informé de la situation par l’équipe de ré-adapteurs et de rééducateurs, je ne connais ni les habitudes de la jeune fille, ni ses réactions. On m’informe juste qu’elle est épileptique en me donnant le protocole à suivre en cas de crise. C’est une découverte totale. L’environnement sonore est parfait, les lumières sont faibles, des lampes de plafond génèrent une légère activité lumineuse et les tapis de la pièce feutrent l’ambiance. Sophie est installée en face de moi, qui porte encore le masque (ce n’est plus le cas aujourd’hui…) et ses grands yeux ronds et ouverts traduisent une certaine inquiétude ou un questionnement à mon égard. La musique est calme, des airs de piano sortent de ma petite enceinte et je me tais en me tenant face à l’enfant, suffisamment loin pour ne pas être instrusif et assez près d’elle pour saisir sa main si le besoin se fait sentir. Sophie écoute, tourne un peu la tête dans un mouvement désordonné et semble peut attirer par le son, ses bras et ses jambes restent immobiles et seuls ses yeux clignent parfois ou réagissent aux bruits extérieurs ou ceux du couloir… je suis dans une position de « ni-ni », cherchant la clef pour provoquer une réaction chez la jeune fille. Les stimulations corporelles par le toucher ne provoquant aucune réaction non plus. La séance se terminera après 35 minutes calmes. Suivront 2 ou 3 séances du même acabit à une semaine d’intervalle.


Christine, la psychologue du bureau voisin m’apprend un jour que S. peut sortir de son fauteuil, marcher un peu avec de l’aide et s’allonger sur le tapis de la salle de musicothérapie. J’entreprends avec prudence la manœuvre et avec un grand soin j’installe un ensemble de bols tibétains. Si je ne prête pas attention aux réactions de S. au début, je me rends vite compte que ses bras s’agitent et que si elle sourit en touchant les bols (çà chatouille), elle semble gênée par le son parfois aigu, les grimaces se succédant sur son visage. Après bien des gestes et des ajustements, S. relève la tête et essaye de s’assoir sur le tapis. A l’aide de Zafu et d’un tas de coussins je lui permet de réussir cette action et de la satisfaire. Elle tient assise un bon quart d’heure


Tout change !

En musicothérapie, on parle souvent de maintenir les acquis, ralentir les troubles, évaluer les capacités… j’ai décidé pour ma part de valoriser les « compétences » ou « exploiter ce qui va bien » et mettre du positivisme dans ma pratique.

Qu’est ce qui fonctionne encore, qui donne du plaisir et en somme qui permet au résident de s’investir à fond dans la séance ?

Comment faire pour valoriser S. et lui donner du plaisir et donc de s’investir ? Comment transformer l’objet sonore (et lequel ?) en outil de communication, de dialogue entre la jeune fille et moi ? Quel instrument est mélodique, vibratoire, doux, froid au toucher et donc stimulant, gros et qui attire la curiosité… le Handpan ! Après avoir posée la soucoupe sur les jambes allongées de S., de m’être assis en face d’elle sur le tapis et en la regardant droit dans les yeux, sa réponse fût instantanée… les bras, les jambes, les yeux se mirent en mouvement et pour la première fois un : « oh » sortit de sa bouche, les sourires se succédaient, ses petites mains frappaient l’instrument dont les notes résonnaient dans la pièce. Les sourires et les rires complétaient ce duo, et par mimétisme nous nous autorisions l’un et l’autre à jouer chacun notre tour sur l’instrument. Les transitions silencieuses anxiogènes devenant des temps de bien-être, réduisant la spasticité (posture raide et contractures involontaires) de S. et provoquant un relâchement musculaire, ses mouvements stéréotypés et répétitifs des mains traduisant la possibilité d’un dialogue.


La Musicothérapie a toute sa place dans le polyhandicap et je retiens de ces séances (qui se poursuivent) la singularité, l’exploration des récepteurs sensoriels et la valorisation des possibles. Je continue chaque semaine avec l’équipe pluridisciplinaire à oeuvrer avec tous ces enfants pour qu’un seul clignement d’œil puisse être un axe de recherche pour trouver de nouvelles solutions dans l’accompagnement.

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